Sylvain GOURAUD


Faire corps avec la nature

2017

Résidence au Domaine de Belval

LA FABLE DE L’AGRAINOIR
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR, LE FORESTIER, LE MAIRE ET L’ARTISTE
A propos d’une photo posée au milieu des intervenants

LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Ça, ce sont les sapins qu'on a planté pour augmenter le couvert. On va être à la retraite dans pas longtemps, alors comme ça on aura encore la chasse. On la prépare quoi. Parce que si vous avez une trop petite chasse, le gibier peut pas rester. La laie elle peut plus allaiter ses petits chez nous si y’a plus assez de bois. A l'époque on enlevait les arbres pour cultiver davantage, maintenant on replante.
En Belgique, pour garder le gibier ils ferment les parcelles avec des grillages.
LE FORESTIER
Mais ça c'est pas bon parce qu'ils se reproduisent entre eux alors je vous laisse imaginer au bout de quelques années ce que ça donne.
Et puis ils mangent toujours au même endroit.
L’ARTISTE
Ah oui, c’est une liberté relative alors.
L’artiste pose une autre photo sur la table.

LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Ça, c'est un agrainoir.
LE MAIRE
Un quoi ?
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Un agrainoir : ça sert à donner du grain au gibier quoi.
L’ARTISTE
Ah ! vous leur donnez à manger ?! Mais pour quoi faire ?
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
C'est pour l'hiver, pour qu'ils passent l'hiver. Et puis au printemps comme ça ils vont pas dans les cultures.
Après la société de chasse elle doit rembourser aux agriculteurs si y’a des dégâts !
LE MAIRE
Donc parfois c’est l’agriculteur qui agraine des sangliers qui vient se plaindre parce qu’il a dépassé le bois pour venir dans la récolte.
On marche sur la tête, il suffirait de plus agrainer du tout et puis c’est tout.
LE FORESTIER
C'est aussi pour garder le gibier dans la chasse.
Si on le nourrit, il va pas chez le voisin.
Limite on attire celui du voisin.
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Oui mais ça justement, on veut pas. Parce que y’en a qui ont les moyens d'agrainer à plein. Des tonnes et des tonnes qu'ils mettent et nous on a plus de gibier. Et c'est encore les plus riches qui ont les cochons.
L’ARTISTE
Et ça coute cher tout ça ?
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
De quoi, l'agrainage ?
L’ARTISTE
Oui.
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Non, ça le maïs ça coûte rien, c’est 15 euros le quintal en ce moment.
LE FORESTIER
Avant le sanglier il se reproduisait une fois dans l'année, maintenant en le nourrissant vous arrivez à deux voire trois portées dans l'année. Et puis il faut voir les bêtes que ça fait, nourries au maïs, c'est du costaud. Y’a des cochons ils font 150-200 kg, ils peuvent plus courir.
LE MAIRE
Ça fait un peu élevage quand même. On voit des sangliers dans la nature parce qu’on les alimente. Et après on les chasse pour les manger.
L’ARTISTE
C’est un peu comme des animaux élevés en plein air, quoi.
LE MAIRE
Oui et ça ça pose aussi des problèmes sanitaires, parce que les maladies elles se propagent plus facilement dans des groupements qui stagnent.
LE FORESTIER
Oui et puis c’est pas très bon non plus pour la forêt. Les jeunes pousses ont du mal à grandir... C'est pour ça qu'on donne pas mal de bracelets pour le sanglier, c'est que de manière générale y’en a trop. Ils bouffent toute les pousses d'arbre, ils retournent le sol partout. Faut un équilibre.
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Dans ce cas il faut nous donner plus de bracelets ! Nous on chasse tout ce qu'on peut mais bon. On est limités.
L’ARTISTE, AU FORESTIER
Parce que c’est vous qui donnez les bracelets ?
LE FORESTIER
Non, c’est L’ONCFS qui réunit un comité dans lequel je suis présent.
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Aujourd’hui y’a moins de chasseurs, alors comment vous voulez qu’on réduise le gibier ? Et puis il y a toutes les normes, les jours de chasse. Aujourd’hui on a du mal à chasser le week end, il y a les affouagistes…

L’ARTISTE
… les quoi ?
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
Les gens qui peuvent prendre du bois dans la forêt avec l’accord de la mairie.

LE MAIRE
Oui parce que dans les forêts domaniales les chasses sont interdites le week-end. Pour que les randonneurs puissent se promener aussi.
L’ARTISTE
Tout le monde veut avoir accès à la nature.
LE CHASSEUR-AGRICULTEUR
C’est vrai que selon les professions on peut chasser en semaine, mais c’est pas tout le monde. Sinon, on chasserait plus, c’est sûr.
LE FORESTIER
Oui mais c’est pas si simple, on en a besoin quand même, on peut pas dire qu’il faut tous les tuer, parce qu’ils régulent quand même. Sans eux y aurait trop de plantes invasives, il faut dégager les sols.

Atlas Vilaine

2015-2018

Rennes

En partenariat avec CUESTA, une enquête sur les enjeux politiques de l'eau dans le cadre du réaménagement des abords de la Vilaine au sud de Rennes.
Cartographie des acteurs et restitution des images lors d'assemblées sur le terrain.

Shaping Sharing Agriculture

2011-2017

Reset Modernity - ZKM Karlsruhe

What is the soil on which agriculture has been uprooted?

Sylvain Gouraud's photographic inquiry is an attempt, by a fully urban artist, to come to grip with this question.
Don't expect any nostalgic view of the country side of the past. There is nothing in his description that fits the older ideas of what it was to be rooted on a soil. Nothing nostalgic. Nothing "country". It is a fully anthropocenic approach - may be I should say anthropo-scenic - that is it shows a totally artificial landscape in which the older ingredients - seeds, clods of earth, rain, cloud and sun - still play a role but a totally different one - different in size, quality, texture, amount of knowledge. And so do the "farmers" who don't look at all like the "peasants" of the mythical past. But that just the power of Gouraud's description:

agriculture too, I mean the older mythical one, was also an entirely artificial transformation of the landscape. And so were the farmers. Nothing is more different from a hunter gatherer than a farmer.
Archeology shows that even in the bones of their skeletons the new farmers had all the deformations and diseases of this new way of life. So the agricultural landscape described by Gouraud cannot be said to be "industrial". Well it is but the fact that it differs so much from clichés about the French countryside, does not mean that it is not a land occupation.
A certain way to grab and occupy and inhabit the land. High tech, yes, business yes. But so was the older mythical landscape. While you watch his voyage through the land, you discover that no matter how technical, artificial, laboratory based it is, nonetheless, it is the land on which we, inhabitants of megalopolis, are rooted.

It is because there is no denunciation, nor critique, but a surprise and amicable way to pursue his encounters with farmers and their high tech land, that Gouraud's piece is so valuable. If the Anthropocene concept is first of all a "return to the Earth" - or rather a return of the Earth, that is the Earth turning back on us - it is crucially important that we become sensitive to the new landscape in which we have been enmeshed.
If our parents and grand parents "left the land behind" by moving to cities, we cannot afford such a luxury. But when we turn our sight back to the land, no, it does not look like the farmstead of old. And yet, it is the country side.

Bruno Latour

fleury

2012

Essonne

Je cherchais des photographies de prisonniers assumant leur incarcération, à visage découvert.
Je n’ai pas trouvé de parution de ce type datant de moins de 20 ans.

Je suis allé à Fleury Merogis j’ai travaillé avec les détenus et nous avons fait paraitre leurs portraits dans libération.

Les images sont conservées aux archives départementales de l’Essonne ou elles sont consultables sur demande sous la côte 65Fi.

Les fantômes de Chamrose

2012-2015

Groupe Scolaire Jacqueline de Chambrun la Roseraie Saint Denis

Les fantômes de Chamrose est une commande de la ville de Saint Denis dans le cadre du 1% artistique.
j'ai construit un projet avec les habitants de la porte de Paris. J'ai cherché les acteurs, ceux qui vivent dans le quartier sans forcément y habiter. Ils y travaillent, ils le traversent, s'y arrêtent plus ou moins.
J'ai installé un studio dans le chantier de l'école et j'ai invité les participants à une séance photo. Chacun m'a raconté son histoire.
60 portraits sont affichés dans l'école. Les images sont imprimées sur du réseau lenticulaire qui permet de faire apparaître et disparaître l'un ou l'autre des personnages au gré du déplacement du spectateur. Ce sont des portraits composés, des associations fictionnelles.
Les personnages s'évanouissent, ils résistent au regard, comme les fantômes disparaissent lorsqu'on est sur le point de les attraper.

Architectes :
Editions : Filigranes
textes : Emilie Hache
design graphique : atelier G.U.I

Portraits turcs

2005

Istanbul

En 1923, Mustapha Kemal fonde la République démocratique de Turquie. Gouverneur militaire il imposera au pays, à la manière
d’un dictateur, une vision européanisée. Code civil suisse, alphabet français, universités anglaises.... Cette démocratie imposée par un seul homme et non provoquée par le peuple, constitue l’élément le plus influent de l’ambiguïté de l’identité turque. Outre sa position géographique entre Asie et Europe, la Turquie a subi autant l’influence chrétienne que musulmane, voit son armée comme une garantie de maintien de la démocratie et pousse la laïcité jusqu’aux limites des libertés individuelles.
À l’université, comme au lycée, les jeunes filles n’ont pas le droit de porter le voile. Certains doyens progressistes laissent quelques étudiantes recouvrir leur voile d’un chapeau ; ce qui donne lieu à toutes sortes de coquetteries inattendues. Certaines universités obligent les étudiantes à laisser apparaître leurs cheveux.
Quelques-unes revêtent alors une perruque par-dessus leur voile. Comble de l’ambiguïté, le voile qui est censé cacher la féminité des longs cheveux est recouvert d’un artifice qui en annule les effets. Prises entre la loi et leur conviction religieuse, ces jeunes étudiantes représentent plus que jamais l’ambiguïté de l’identité turque.

pourlesexiles

2009-2011

Paris

Projet de mise en visibilité des immigrés squattant les abords de la gare de l'Est après la fermeture du centre de Sangatte.